« Le cinéma, ce n’est que du mensonge » : le comédien de la Cité de la peur Sam Karmann en tournage à La Clusaz

Toute une génération le connaît comme Émile, le projectionniste de la Cité de la peur, d’autres l’ont vu au théâtre ou sur grand écran au côté de Jean-Pierre Bacri. Le comédien français Sam Karmann était à La Clusaz pour le tournage de Chute libre, un téléfilm policier qui plante son décor dans le monde du parapente et de la montagne. Interview.

Le comédien Sam Karmann était à La Clusaz, fin septembre, pour le tournage du téléfilm policier Chute libre, diffusé sur France 3 en 2027. Photo J.Pa

Attablé au café-PMU de la place du village, Sam Karmann vient d’enchaîner les scènes. Il nous accorde le temps voulu pour parler à bâtons rompus de cinéma et du téléfilm Chute libre, dont il est l’un des acteurs principaux. Le long métrage vient d’être tourné en grande partie à La Clusaz pour diffusion sur France 3 en 2027.

Qu’est-ce qui vous a séduit dans ce polar ?

« Ce n’est pas qu’un polar, justement. J’ai surtout vu la contradiction d’un homme qui a passé sa vie à être libre, qui a formé des champions de parapente, qui est un champion lui-même, et qui, au soir de sa vie, est confronté à la chute libre. La sienne et celle du garçon qu’il a formé [NDLR : l’homme retrouvé mort, un meurtre déguisé en accident]. Il commence à avoir des petits problèmes cognitifs, il se heurte à ce qu’il n’a pas réussi à faire avec sa propre fille, et il va essayer de comprendre. De plus, l’enquête se déroule dans un petit village, où tout le monde se connaît. Il en ressort des rancœurs, des jalousies. C’est un thriller intime. »

L’essentiel du tournage de Chute libre s’est déroulé dans les Alpes, c’est un coin que vous connaissez ?

« Mon grand-père du côté maternel s’est amusé à faire notre arbre généalogique. Il est remonté jusqu’au Moyen Âge, et il apparaît qu’on descend des ducs de Savoie, et du Grand-Bornand ! »

Est-ce qu’il est difficile de se faire diriger par un réalisateur quand on l’a été soi-même ?

« Ah non, pas du tout. Réaliser un film, c’est une charge mentale énorme. On est à la tête de tout : les acteurs, l’équipe technique, les choix de décors… On fabrique seconde par seconde son film. Quand je suis acteur, moi, j’ai une charge mentale de zéro, j’ai juste à travailler sur mon personnage, à essayer d’aller au fond de ses contradictions, et être au service du réalisateur ou de la réalisatrice. Le cinéma, l’audiovisuel, la caméra, c’est une mine de possibles, on ne fait que tricher en jouant sur le son, le montage… Le cinéma ce n’est que du mensonge, sauf le jeu des acteurs qui doit être vrai évidemment. »

Comment construit-on sa carrière après un film comme La Cité de la peur et quel souvenir en gardez-vous ?

« C’est le plaisir et le fardeau d’un film qui est devenu culte, qui passe les générations. On n’a pas tous cette chance, j’en reste fier. Après, bien sûr, on n’est pas réduit à ça. J’ai fait plus de 100 téléfilms, 30 pièces de théâtre, je ne sais pas combien de films de cinéma. J’ai revu La Cité de la peur il y a 30 ans, avec mes enfants qui étaient ados pour leur faire plaisir. En le visionnant, je me suis rappelé une journée de tournage en particulier. Avec Alain Chabat, on s’était épuisés pour cette scène de course sur La Croisette, prévue pour durer trois jours. Le premier jour, on y est allés à fond sans même s’échauffer. Le lendemain, quand on est arrivés, en rampant au maquillage-coiffure, on s’est regardés en pensant “comment allons-nous réussir à faire la deuxième journée ?” Mais on l’a fait ! Depuis, je me prépare un peu plus pour les scènes physiques. »

Quel regard vous portez sur le cinéma d’aujourd’hui ?

« Si je dois me plaindre d’une chose, c’est du financement. Qui a parlé culture depuis 10 ans ? Pas le président. Il y a des poches de résistance, mais il y a globalement une paupérisation des moyens donnés à la fiction. Malgré tout, on réussit. Sans doute parce que le brassage est multiculturel, que les créations viennent du monde entier. Mais la France est en train de perdre son influence mondiale. Si l’État continue à piquer dans le budget du CNC (Centre national du cinéma) pour redresser les comptes publics, on va tuer la vache à lait. C’est-à-dire que plus le cinéma rapporte, et moins on nous donne pour faire. L’argent doit être réinvesti, il part du billet et doit retourner au producteur. Si on réduit la production, on ne se donne pas les moyens d’être exportable. »

Chute libre d’Anne Péjean, produite par Stephan Kalb (Seconde vague Productions) avec Sam Karmann, Camille Claris, Clément Moreau et Camille Moutawakil.

Propos recueillis par Jennifer Parisot – 12/10/2026 15:17

Source : Le Dauphiné libéré

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